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Portraits & histoires

En fauteuil roulant à travers les Alpes suisses

Au cours de l’été 2025, Ben Spencer et Peter Smorthit ont traversé les Alpes suisses en fauteuils roulants manuels. Il leur a fallu 18 jours pour parcourir 420 kilomètres avec 6 000 mètres de dénivelé.

Ben Spencer et Peter Smorthit sont arrivés l’été dernier du Royaume-Uni en Suisse avec une mission particulière : ils ont été les premiers à traverser les Alpes suisses en fauteuils roulants manuels. Au cours de leur périple, ils ont parcouru environ 420 kilomètres et plus de 6 000 mètres de dénivelé en 18 jours. Même le célèbre journal britannique « The Independent » a relayé leur incroyable expédition.

Outre l’histoire de Ben et Peter, vous trouverez dans cet article de blog des idées pratiques pour l’entraînement et la planification, ainsi que des conseils pour vos propres aventures en fauteuil roulant.

Des sportifs de l’extrême en fauteuil roulant

Qui sont les deux amis à l’origine de ce record ? Ben s’est vu diagnostiquer une ataxie en 2022, après avoir ressenti des symptômes pendant 15 ans. Depuis, il s’engage pour mieux faire connaître cette maladie. Il a notamment participé au marathon de Londres et gravi le mont Snowdon au Pays de Galles en 16 heures et demie en 2023.

À l’âge de 19 ans, Peter a été victime d’une lésion de la moelle épinière lors de l’effondrement d’un échafaudage sur un chantier. Depuis, il est paralysé médullaire. Au cours des années suivantes, il a disputé plus de 200 marathons et 150 ultramarathons en fauteuil roulant.

peter und ben beim aufstieg auf den gotthardpass

La courte vidéo publiée sur Instagram montre l’ascension de Peter et Ben vers le col du Gothard. Les deux amis sensibilisent le public à l’ataxie, une maladie neurologique rare dont souffre Ben. (Photo : scène tirée de la vidéo)

Lutte contre les barrières visibles et invisibles

L’aventure a commencé début juillet 2025 à Vevey (VD), en Suisse. De là, Ben et Peter ont gagné Côme, en Italie, en passant par le col de la Furka et l’ancienne route du Gothard. Vous pouvez voir ici l’itinéraire précis qu’ils ont emprunté en fauteuil roulant à travers les Alpes.

route der rollstuhl alpenüberquerung

La traversée des Alpes a relié Vevey, en Suisse, à Côme, en Italie. (Photo : https://alps4ataxia.com)

Le périple a confronté Ben et Peter à des défis sportifs, organisationnels et mentaux. Dès le début, une vague de chaleur dans la vallée du Rhône a considérablement ralenti leur progression. Les montées raides et les longs passages en côte ont exigé d’énormes réserves d’énergie.

Ben se souvient qu’il y avait un tronçon hors piste sur l’itinéraire EuroVelo, jonché de grosses racines d’arbres et de rochers. Peter a dû s’y déplacer sur les fesses en tirant son fauteuil derrière lui. Ben, lui-même, a dû s’appuyer sur le dossier de son fauteuil et essayer de marcher – ou plutôt tituber – sur quelques mètres. Il leur a fallu plusieurs heures pour parcourir ce tronçon de 800 mètres.

ben und peter am aletschgletscher

Au cours de leur traversée des Alpes, Ben et Peter ont atteint l’Aletsch Arena dans le Valais. (Photo : Wheelchair Across the Alps Press Photos)

À la question « Si vous pouviez changer quelque chose à votre parcours, que serait-ce ? », Ben répond : « L’accessibilité ». Il explique : « Notre aventure était extrême. Il était donc évident qu’elle ferait ressortir les défis auxquels sont confrontées les personnes en situation de handicap et révélerait les obstacles rencontrés lors des déplacements.

Sur place, nous avons toutefois constaté que les défis étaient les mêmes que ceux que nous rencontrons dans notre environnement habituel. Les campings ne disposaient pas de toilettes ni d’installations sanitaires adaptées. Il manquait des rampes d’accès ou des marches bloquaient le passage. Avec peu d’efforts, ces chemins pourraient être rendus accessibles aux personnes en fauteuil roulant grâce à un équipement adapté. »

peter auf dem furka pass

18 étapes en 18 jours : Peter et Ben ont partagé chaque jour sur Instagram leurs impressions de ce voyage marqué par l’endurance, le courage et des moments inoubliables. La vidéo Instagram montre Peter descendant le col de la Furka. (Photo : Wheelchair Across the Alps Press Photos, scène vidéo)

Défis mentaux et financiers

Toutefois, les principaux obstacles ne se trouvaient pas uniquement sur le trajet. Ben souligne : « Les barrières rencontrées par les personnes en situation de handicap lors de leurs déplacements sont physiques, mais aussi psychologiques. Quitter son environnement familier et la sécurité de son domicile représente un grand pas. »

La préparation mentale était donc cruciale. Ben explique : « Quand on se prépare à rencontrer des problèmes en cours de route, on apprend à les accepter, et on a déjà fait la moitié du chemin. » Il n’en reste pas moins une réalité décevante : « Il ne devrait y avoir aucune barrière. Le monde devrait être accessible à tous. Mais la réalité, c’est qu’il faut les surmonter. »

Outre les obstacles physiques et psychologiques, il y avait également des contraintes financières. Les voyages d’aventure en fauteuil roulant sont très coûteux et nécessitent beaucoup d’organisation. Pour leur aventure, Ben et Peter ont eu besoin de 18 jours de préparation et de planification et ils ont dû débourser environ 8 000 CHF, y compris le voyage aller-retour depuis le Royaume-Uni.

« Le cheminement a été long entre le moment où je ne voulais absolument pas voyager et cette aventure. Cela m’a montré – et j’espère que ce sera aussi le cas pour d’autres personnes en situation de handicap – que tout le monde peut y arriver. »

Ben Spencer

peter auf der alten gotthardstrasse

Peter au 13e jour sur l’ancienne route du Gothard. Cette vidéo Instagram montre d’autres impressions du parcours. (Photo : Wheelchair Across the Alps Press Photos, scène vidéo)

Entraînement et planification de randonnées en fauteuil roulant

Traverser les Alpes en fauteuil roulant est un défi extrême qui nécessite une préparation minutieuse. Ben et Peter travaillent régulièrement leur endurance et leur force musculaire du haut du corps en participant à plusieurs marathons par an. Ils suivent également un entraînement spécial de montagne afin de se préparer aux longues montées et aux terrains accidentés.

Des aides techniques, telles que des structures d’entraînement fixes pour fauteuils roulants ou des ergomètres pour le haut du corps, peuvent également contribuer à améliorer systématiquement la condition physique et la technique. Pour les personnes intéressées, il existe des programmes d’entraînement structurés, tels que le programme d’entraînement en fauteuil roulant du marathon de Londres (en anglais).

Cependant, toutes les randonnées dans les Alpes ne nécessitent pas une préparation aussi poussée. Certains itinéraires accessibles offrent des paysages magnifiques et peuvent être parcourus sans entraînement marathonien. Le chemin du Wysswasser, l’un des préférés de Ben et Peter, en est un exemple.

Ils ont découvert cet itinéraire sur le site internet EuroVelo. Ils soulignent toutefois que tous les itinéraires cyclables ne sont pas automatiquement adaptés aux fauteuils roulants. Il est toujours recommandé de vérifier au préalable si l’itinéraire est réellement praticable en fauteuil roulant.

Il existe des plateformes utiles pour une planification réussie. SuisseMobile répertorie plus de 80 sentiers accessibles à tous, avec des informations détaillées sur leur distance, leurs caractéristiques et leur desserte. Procap propose également, en collaboration avec SuisseMobile, des itinéraires vérifiés qui peuvent être empruntés sans obstacle à l’aide de l’application MyWay Pro (uniquement pour iOS).

Conclusion : grâce à un entraînement ciblé, un équipement adapté et un choix minutieux des itinéraires, il est possible de préparer de manière réaliste une aventure en fauteuil roulant. Ce n’est pas le record qui doit être au premier plan, mais l’expérience.

Impressions de Ben sur la traversée des Alpes en fauteuil roulant

Dans une interview sur Instagram, Ben nous raconte ses expériences personnelles pendant le voyage :

benpushes auf instagram

Quel a été le plus beau moment ?

« Pour certains, ce sont les cols alpins ou la vue depuis le glacier d’Aletsch. Pour moi, c’était la glace à Riva Pubblica di Morcote, au bord du lac de Lugano. C’était magnifique, non seulement à cause de la vue, mais aussi parce que c’était très accessible. Nous savions que nous allions y arriver ! »

Quel a été le moment le plus difficile ?

« Peu avant l’arrivée, j’ai contracté une infection urinaire, par une température de 35 °C et après plusieurs jours de montées. J’étais complètement épuisé, mais ma devise était de ne jamais abandonner ! »

Si tu pouvais changer quelque chose à l’itinéraire ?

« L’accessibilité. Point final. Il y avait des passages avec des racines et des rochers où Peter a dû tirer son fauteuil roulant, c’était brutal. »

Qu’est-ce qui t’a le plus motivé ?

« Je voulais montrer qu’abandonner n’est pas une option et que les personnes en situation de handicap sont capables d’accomplir des exploits incroyables. »

Y a-t-il eu des rencontres qui sont restées gravées dans ta mémoire ?

« Il y en a eu d’innombrables ! Au col du Gothard, beaucoup de gens se sont arrêtés, ont été impressionnés et nous ont félicités. C’était incroyablement motivant. »

Que souhaiterais-tu pour l’avenir ?

« Plus d’accessibilité. Des rampes à la place des marches, des chemins adaptés. De nombreux obstacles sont inutiles et pourraient être facilement supprimés. »

Huit conseils pour une aventure accessible

Ben et Peter ont prouvé qu’il est possible de vivre des aventures en fauteuil roulant. Cela ne doit toutefois pas nécessairement être une traversée des Alpes. Cette liste de contrôle a pour but de vous inspirer et de vous montrer comment vous pouvez vous lancer dans votre propre aventure :

  1. Commencer petit : chaque voyage ne doit pas obligatoirement être un record. Une excursion d’une journée sur un itinéraire accessible peut également être une expérience formidable.
  2. Surmonter les barrières psychologiques : le courage, c’est sortir de sa zone de confort, même s’il ne s’agit que d’un petit défi.
  3. Planifier soi-même son voyage : les circuits individuels sont souvent moins chers et mieux adaptés aux besoins de chacun.
  4. Bien s’informer : vérifier au préalable si les campings sont accessibles et quelles infrastructures sont disponibles.

« Certains tronçons de l’itinéraire EuroVelo étaient jonchés de racines et de rochers. Peter devait tirer son fauteuil roulant et moi, je progressais mètre par mètre. Il ne faut jamais tenir pour acquis qu’un itinéraire est accessible en fauteuil roulant. »

Ben Spencer

  1. Chercher du soutien : voyager avec des amis, de la famille ou une communauté, car cela apporte sécurité et courage.

« Tellement de gens nous ont soutenus pendant notre périple et depuis chez eux. Cela nous a particulièrement aidés dans les moments les plus difficiles. »

Ben Spencer

  1. Vérifier son équipement : qu’il s’agisse d’un fauteuil roulant, d’un handbike ou d’un Swiss-Trac, un équipement adapté et bien entretenu facilite le trajet.

« La veste réfrigérante a énormément aidé Peter à supporter la chaleur, car il souffre de dysréflexie autonome. Les porte-bidons, les pneus de rechange, les outils et un appareil GPS ont également été très importants. Sans tout cela, nous n’aurions pas réussi. »

Ben Spencer

  1. Réfléchir au financement : les subventions, le sponsoring ou les fondations peuvent aider à couvrir les coûts élevés.
  2. Rester flexible : les obstacles en cours de route sont normaux. Rester ouvert aux changements de programme permet de vivre les plus belles surprises.

« Un jour, au milieu de nulle part, l’essieu de Peter s’est cassé. Nous pensions que c’était fini. Mais soudain, un camion de service Bosch est apparu et le mécanicien nous a aidés avec ses outils. C’était un véritable cadeau du ciel. »

Ben Spencer

Quelle aventure en fauteuil roulant aimeriez-vous vivre ? Racontez-nous.

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