Pour Manuela Schär, le sport a toujours été une priorité. Puis elle a fait une place dans sa vie pour un chien, et elle a été à l’apogée de son succès. Une histoire d’amour

Qui s’intéresse un peu au sport connait Manuela Schär. En 2019, elle a remporté toutes les victoires du Marathon Major Series du sport en fauteuil roulant : les marathons de Tokyo, Boston, Londres, Berlin, Chicago et enfin New York, ainsi que le record du monde du 800 mètres.

« Mon entraîneur Claudio Perret dit toujours que c’est grâce à mon chien Lui que j’ai atteint de si bons résultats », explique Manuela en rigolant. Lui est un Boston Terrier désormais âgé de 4 ans, que l’athlète de 37 ans a adopté en 2018.

Ayant grandi avec un Golden Retriever, elle a longtemps exclu, en tant que sportive professionnelle, d’avoir un chien. « À un moment, j’ai senti qu’avec tous ces entraînements et cette concentration sur la performance et les victoires, mon côté tendre s’étiolait. Ça m’est apparu clairement : j’avais besoin de quelque chose pour le cœur ! »

Manuela Schär couchée, avec Lui blotti contre elle.

Pleine satisfaction : Manuela et Lui faisant des câlins. (Source : Manuela Schär/zVg)

Envoyée sur les roses dans les refuges animaliers lorsqu’elle cherchait un chien

Après une mûre réflexion, Manuela s’est assurée que ses parents pouvaient s’occuper du chien lorsqu’elle disputait des compétitions autour du globe. Elle a scruté les plateformes de médiation des refuges animaliers à la recherche du chien qui lui irait. Il fallait qu’il soit sportif, pas trop grand, et d’un bon naturel. Mais les réactions des refuges animaliers à sa demande ont été une douche froide : il n’était pas réaliste, en tant qu’utilisatrice d’un fauteuil roulant, qu’elle subvienne au bien-être d’un chien. Ces animaux étaient imprévisibles.

Suite à cela, elle s’est tournée vers les éleveurs de Boston Terrier et s’est fait inscrire sur une liste d’attente. Alors quand un site a subitement annoncé des naissances, Manuela s’est rendue dans l’Oberland bernois pour rendre visite à la jeune portée dès qu’elle avait un moment, et a impressionné les éleveurs par ses connaissances sur la race et l’élevage.

« Au départ, je cherchais une femelle. Et puis ce minuscule chiot aux taches blanches sur les oreilles s’est installé sur le repose-pied de mon fauteuil roulant, entre la roue avant et la roue arrière, s’y est endormi, et alors c’était fini – le coup de foudre ! »

Lui aide à la régénération

À l’âge de 10 semaines, Lui a rejoint Manuela à Kriens. Pendant les premières semaines suivant son arrivée, Manuela a perdu plusieurs kilos. « Je mangeais rarement et j’étais très souvent sortie car le chiot en avait toujours besoin. » Le jeune petit lui a imposé un rythme soutenu. Dans tous les cas, Manuela trouve que Lui est idéal pour elle comme premier chien. « Je n’ai jamais besoin de le tenir en laisse, il reste toujours près de moi. »

Lui tire sur une balle de jeu jaune équipée d’une corde, que Manuela Schär tient lors des promenades.

Lors des promenades, Lui met toute son énergie pour s’accaparer son jouet préféré. (Source : Susanne Zürcher)

Par ailleurs, la sportive emmène toujours Lui avec elle lors de ses une à deux séances d’entraînement journalier à Nottwil sur la piste ou dans la salle de sport. Le petit quadrupède prend alors du bon temps dans son panier pendant que sa maîtresse se concentre pleinement sur son sport. Entre les exercices, la sportive apprécie beaucoup utiliser le temps auparavant "non productif" avec son chien pour la régénération. « Quand je vais me promener avec Lui, je ne téléphone pas et n’écoute pas de podcasts, je profite pleinement de l’instant présent. »

Manuela Schär dans la salle d’entraînement avec Lui assis sur ses genoux.

Entre ses séances d’entraînement, Lui aide Manuela à se régénérer. (Source : Manuela Schär/zVg)

Un chien ne change rien

Mais "les crottes de chien" lors des promenades n’est-ce pas difficile parfois pour une utilisatrice de fauteuil roulant ? Manuela réfléchit. Non, pense-t-elle. Elle ajoute qu’il y a eu quelques fois où elle s’est mise en danger dans son fauteuil roulant en voulant ramasser la crotte du chien, en raison d’un sol accidenté ; hormis ça, ça n’a selon elle jamais été un problème.

En revanche, ce qui reste un défi quotidien pour Manuela, c’est ce qu’elle décrit avec le terme de "capacitisme subtil" (capacitisme = dévalorisation ou discrimination des personnes handicapées). Elle fait le récit d’une promenade avec Lui lors de laquelle deux femmes et leurs chiens sont venus à sa rencontre. Une loi non écrite veut que, lors de la rencontre d’autres propriétaires de chiens, on tienne en laisse son propre animal. Par conséquent, Manuela a appelé Lui puis lui a mis sa laisse. Manuela et Lui avaient déjà dépassé les deux femmes lorsque l’une d’entre elles s’est retournée pour la féliciter d’avoir mis en laisse Lui. Selon Manuela, la femme a été surprise qu’un chien obéisse aux ordres d’une personne en fauteuil roulant. Ces dévalorisations souvent tournées sous forme de compliments vis-à-vis des personnes en situation de handicap l’interpellent.

« Quand Lui est entré dans ma vie, j’ai appris le sens de la pleine confiance. Les chiens n’ont pas de préjugés ; pour eux, vous êtes leur maître ou leur maîtresse que vous soyez en fauteuil roulant ou non ! »

Manuela Schär sur le canapé, avec son chien Lui qui dort sur elle.

Lui et Manuela se reposent sur le canapé. (Source : Manuela Schär/zVg)

Lui aime Manuela comme elle est. Où faites-vous l’expérience de sympathie sans préjugés ?

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